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Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes, mes créations ou mes voyages : intellectuels, spirituels, botaniques ou culinaires...

Un jeune homme prometteur / Gautier Battistella

Un jeune homme prometteur / Gautier Battistella

Le narrateur est orphelin. Après avoir vécu une enfance difficile et solitaire, entre orphelinat et famille d'accueil, il est enfin adopté par Mémé, une femme déjà d'un certain âge mais qui a toujours voulu avoir des enfants. Pour occuper ses longues journées solitaires, le narrateur s'est inventé un frère (Jeff),  compagnon imaginaire et violent, auteur de tous les méfaits dont on l'accuse, lui l'enfant tranquille et rêveur, à tort...

 

Mémé vit à Labat, une petit village perdu dans les montagnes de l'Ariège où elle a une ferme et quelques animaux.

"Mémé nous a emmené dans sa voiture cabossée, une 4L grise qui sentait le foin coupé. Il y avait des fétus (de paille) à l'arrière où Jeff et moi étions assis, le nez collé à la fenêtre. J'ai regardé l'orphelinat s'en aller jusqu'à ce qu'il devienne minuscule, de la taille d'un caillou. Là, j'ai compris que c'était pour de vrai." (p. 23)

 

Là, à la ferme, c'est la renaissance pour ce petit garçon qui n'a connu que l'enfermement et la solitude : le grenier aménagé pour lui en chambrette, la grande armoire mystérieuse fermée à clé qui détient tous les secrets de famille, les volets que l'on peut laissé ouverts toute la nuit si on veut "pour regarder la nuit", les lapins heureux même en cage, les champs à perte de vue, les bois... C'est enfin la liberté, même s'il faut aider Mémé, couper le bois et aider aux travaux de la ferme.

Mais il y les limaces...

 

Parce qu'il a tué son petit chat en l'écorchant comme un lapin, Mémé l'oblige à se rendre chez la voisine, un peu sorcière et qui lui fait peur...même si elle a des têtards dans son lavoir.

"Je n'étais pas un méchant garçon. Je faisais du mal pour me protéger, sinon c'était à moi qu'on en faisait".(p.29)

 

Mme Pétrovna, poète dans sa jeunesse, le prend en affection et lui raconte des histoires (mais cela doit être chacun leur tour...). Ces histoires aident le narrateur à grandir : elle nourrissent son imagination (trop) fertile et l'aident un temps à canaliser sa trop grande violence (celle qu'il impute à Jeff) qui a besoin de s'extérioriser sous peine de l'étouffer.

 

"Il y a longtemps, bien longtemps, avant que la campagne ne lui sèche les mains et ne lui creuse les joues, Madame Petrovna était une princesse avec des cheveux d'ébène et des yeux vert cendré, comme les miens. L'amour d'un poète la rendait belle et heureuse". (p. 45)

 

Pour expliquer son attirance pour la voisine, il dira un peu plus loin (p. 62)

"J'avais compris très tôt qu'avoir des muscles ne suffisaient pas. Avoir des mots était mieux. Cà faisait plus mal."

 

Une fois l'école primaire terminée brillamment, notre jeune garçon se rend au collège, puis au lycée de Foix où il découvre cet autre lieu d'enfermement : l'internat "cette boîte de conserve où on laisse mariner une classe d'âge entière dans la transpiration et la violence." (p.87)

 

Là il revoit Marie, qui est dans sa classe. C'est la fille du Docteur Blandin, le docteur de Mémé, une personne qu'il admire particulièrement et qui l'a toujours encouragé.

Avant la mort de sa mère (qui s'est suicidée), ils habitaient Labat et sont partis pour la ville sans prévenir personne de leur entourage.

Marie est toujours aussi belle et attirante : il en tombe amoureux fou. Il faut dire aussi que pour l'adolescent solitaire, jamais aucune fille ne lui avait témoigné la moindre attention !

"En somme, j'ai commis l'erreur du débutant : je suis tombé amoureux tout seul" (p.94).

Le lecteur est prévenu, l'histoire ne durera pas...

 

Pourtant il délaisse Mémé pour Marie. Ils font l'amour comme deux ados affamés de tendresse. Mais un jour arrive dans la classe un petit nouveau, beau comme un Dieu et qui affole toutes les filles : c'est Aurélien.

Marie succombe mais n'ose pas affronter la réalité et le lui dire.

 

Jaloux, le narrateur devient violent en pensée et/ou en imagination.

 

Le lecteur au début ne sait pas trop sur quel pied danser...En tous les cas il suit les délires de son imagination et la descritpion de faits violents sans trop savoir s'ils ont réellement eu lieu...en tous cas s'ils ont réellement été commis, c'est la faute de Jeff, jamais de la sienne !

 

La bac en poche avec Mention Très Bien, le narrateur poursuit ses études à Toulouse pendant deux ans. Il est triste : il ne se remet pas de la trahison de Marie, qu'il aime toujours et de plus, Mémé décline peu à peu, perd la mémoire puis tombe malade et meurt, le laissant seul pour toujours.

Il l'enterre sous le figuier, crochette le verrou de l'armoire secrète, y découvre des papiers le concernant et s'étonne qu'aucun ne mentionne son frère Jeff...Par contre maintenant il sait qui est sa mère même si son père n'est mentionné nulle part.

Il loue la ferme et quitte Labat sans regrets...pour Paris.

 

Mais à Paris rien n'est simple. Grâce à l'argent laissé par Mémé et la location de la ferme, il loue un petit studio et prend le temps de découvrir la ville, le métro, les cafés... Grâce aux recommandations de Blondin (le père de Marie) il se fait embauché comme "pigiste" dans un journal gratuit, "Rétro".

Au départ il travaille pour la rubrique "jardinage et culture", mais très vite il est chargé de faire une enquête sur trois jeunes "créateurs d'écriture" qui donnent une conférence de presse dans un café à la mode et qui s'adonnent à l'auto-fiction.

"Moi aussi je deviendrai un personnage de roman" se dit le narrateur. Il s'achète une vieille Remington, se promettant d'écrire...

Parallèlement à son travail dans le journal, il rencontre sa mère dans la clinique psychiatrique où elle est hospitalisée depuis des années...Amnésique depuis toujours, elle ne lui apprendra rien de son histoire personnelle, ni des raisons qui l'ont poussé à l'abandonner...en fait elle ne sait même pas qu'elle lui a un jour donné le jour. Il rêve de la faire sortir de là, pense que le traitement est responsable de son état..."Patient, c'est le terme médical pour prisonnier" (p186).

 

Sous prétexte que son article sur les écrivains n'a pas plus, on le vire du journal. Il décide de se venger d'autant plus facilement que Jeff est revenu.

Comment a-t-il fait pour le trouver ?

Son imagination emporte le lecteur dans son délire sans fin...Jeff l'oblige à commettre des actes violents "pour affronter mes démons, première étape de la guérison".

Il extermine ceux qui le gênent, revoit Marie et (la) se débarasse d'Aurélien, devenu lui aussi écrivain. Il est pris dans une folie meurtrière qui ne connaîtra aucune limite. Mais, sans preuve, l'enquête piétine...

Est-il innocent ou coupable se demande un temps le lecteur ?

 

"Les semaines suivantes, j'ai poursuivi ma descente en rappel vers le noir absolu. Je me regardais ne rien faire depuis un sommeil artificiel provoqué par les potions du pharmacien. J'étais absent à moi-même. Je vivais à mi-temps. Les jours déboulaient le matin, déjà usés, et s'en allaient. Les nuits les emportaient pour les dévorer..." (p.199)

 

Enfin il semble se délivrer de Jeff en partant à Bangkok où il doit interviewer Philippe Grêle (sur les conseils de Blandin avec qui il entretient une correspondance). Philippe est un auteur à succès qui a quitté subitement Paris des années auparavant. Là-bas, il va tomber amoureux de Lamai la jeune employée de Philippe. 

Philippe en, mal d'écriture se remet à écrire (et lui pique même ses idées) puis tous deux décident de rentrer à Paris.

 

Il faudra attendre la toute fin du roman pour faire la clarté sur toute cette histoire...

"Je croyais que les mots guérissaient, je m'étais trompé. Ils allègent le présent, c'est tout. Le temps passe, les blessures demeurent : celles que l'on croyait cicatrisées s'ouvrent à la première maladresse de la mémoire".

 

Ce que j'en pense

 

C'est un roman très bien écrit qui se lit facilement...

Il est découpé en trois parties : l'enfance avec Mémé et Jeff, l'âge adulte où il se perd (ou se trouve c'est selon le point de vue du lecteur) à Paris,  et l'exil où il découvre un auteur déchu et s'y attache.

 

Les zones de mystère sont nombreuses et créent un suspense permettant d'enchaîner la lecture des chapitres !

 

Il faut cependant s'accrocher pour entrer dans cette histoire parfois très sombre. Il faut se retrouver dans les différents personnages et les différents états d'âme de notre narrateur qui est schizophrène.

Le narrateur est en effet un personnage tantôt émouvant et attachant, tantôt violent et victime de ses hallucinations et de son dédoublement de personnalité (Jeff). Son délire est prenant mais dérangeant et le lecteur a par moment hâte que cela cesse...surtout lorsqu'il est pris de folie meurtrière. Heureusement l'auteur sait s'arrêter toujours à temps !

Il y a des passages très émouvants comme les rencontres avec sa mère par exemple.

J'ai adoré aussi plusieurs passages dont l'épisode où il achète sa Rémington dans la mystérieuse boutique de l'horloger.

Avec une certaine ironie il nous brosse le portrait du monde de la littérature d'aujourd'hui et du rôle joué par les médias dans la promotion de cette littérature (ou sa destruction). Il dénonce d'ailleurs une certaine médiocrité.

Ce roman évoque aussi le poids des origines, l'héritage familial dont on ne peut à notre insu se défaire...

L'auteur se met-il en scène ? Evoque-t-il des parts de lui-même ?

Le lecteur se pose beaucoup de questions en refermant ce premier roman prometteur...

C'est un auteur à suivre, absolument !

 

 

 

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